En 2023, un cap historique a été franchi : 50,4 % de l’électricité générée en Espagne provenait de sources vertes. Cette avancée marque une étape clé dans la transition énergétique du pays, initiée dès 2018 avec des investissements massifs dans les parcs éoliens et solaires.
Beatriz Corredor, présidente de REE, souligne : « Notre réseau prouve sa robustesse face à cette transformation. » Grâce à sa position géostratégique, l’Espagne joue désormais un rôle central dans le marché européen de l’électricité propre.
Le plan national vise désormais 81 % de renouvelables d’ici 2030, un objectif ambitieux mais réaliste. Les innovations technologiques et les politiques publiques soutiennent cette dynamique, offrant des perspectives prometteuses.
Sommaire
TogglePoints clés à retenir
- L’Espagne a atteint 50,4 % d’électricité verte en 2023.
- La transition énergétique s’accélère depuis 2018.
- Le pays renforce son rôle en Europe.
- Objectif révisé à 81 % d’énergies renouvelables pour 2030.
- Les infrastructures actuelles supportent cette croissance.
Un record historique pour l’Espagne en 2023
2023 restera comme l’année où l’Espagne a marqué l’histoire énergétique. Pour la première fois, plus de la moitié de son électricité a été générée par des sources renouvelables. Un nouveau record qui confirme sa place de leader en Europe.
50,4 % d’électricité verte : une première
Le bilan est sans appel : 135 000 GWh produits en 2023, soit 50,4 % du mix. L’éolien domine avec 23,3 %, suivi du solaire (14 %) et de l’hydroélectricité (9,5 %).
« Ce seuil symbolique valide nos efforts depuis 2018 », commente le ministère de la Transition écologique.
Comparaison avec 2022 : une progression de 8 points
En un an, la part des renouvelables a grimpé de 42,2 % à 50,4 %. Le gaz naturel a reculé de 7 points, et le charbon a chuté de 85 % depuis 2000.
Les investissements dans les infrastructures solaires portent leurs fruits. Chaque mois de 2023 a surpassé 2022, avec des pics à 60 % en avril et octobre.
Les chiffres clés de la production électrique Espagne
Les énergies vertes représentent désormais plus de la moitié du mix énergétique. En 2023, l’éolien et le solaire ont battu des records, avec respectivement 63 000 GWh et 37 000 GWh générés.
Éolien en tête : 23,3 % du mix
L’éolien domine largement, grâce aux vastes parcs implantés en Castille-et-León et en Galice. Ces régions, connues pour leurs vents puissants, fournissent près du quart de l’électricité verte du pays.
Solaire photovoltaïque : 14 % et en forte croissance
Le solaire affiche une progression remarquable : +43 % par rapport à 2022. Le complexe Francisco Pizarro en Extrémadure, l’un des plus grands d’Europe, illustre cette dynamique.
« Intégrer ces capacités au réseau demande une planification rigoureuse », explique un ingénieur de REE. Les subventions publiques depuis 2018 ont accéléré les installations, avec un retour sur investissement positif.
La politique énergétique derrière ce succès
Derrière cette réussite énergétique se cache une stratégie bien pensée. L’Espagne a mis en place un cadre politique robuste pour soutenir sa transition verte, combinant objectifs ambitieux et investissements massifs.
L’objectif de 74 % d’énergies renouvelables d’ici 2030
Le Plan National Énergie-Climat 2021-2030 fixe un cap clair : porter la part des renouvelables à 74 %. Pour y parvenir, le pays mise sur une combinaison de technologies, dont l’hydrogène vert (12 GW d’électrolyseurs prévus).
Les appels d’offres hybrides solaire+stockage ont déjà permis de doubler les capacités installées. « Ces projets réduisent l’intermittence et améliorent la stabilité du réseau », souligne un porte-parole du ministère.
Investissements massifs dans les parcs solaires et éoliens
Près de 240 milliards d’euros seront injectés d’ici 2030. Les géants Endesa et Iberdrola pilotent 60 % des nouveaux parcs, avec des innovations comme les fermes solaires flottantes.
- Création de 85 000 emplois depuis 2019, notamment dans les régions rurales.
- Priorité aux zones peu peuplées pour minimiser les conflits d’usage.
- Des subventions ciblées pour accélérer les installations citoyennes.
Cette approche intégrée explique pourquoi l’Espagne dépasse aujourd’hui ses propres objectifs. Une leçon pour l’Europe.
Géographie et climat : des atouts naturels
Le territoire espagnol bénéficie d’avantages naturels uniques pour les énergies vertes. Son climat ensoleillé et ses vastes étendues peu habitées en font un terrain idéal pour les projets renouvelables.
Ensoleillement exceptionnel et zones venteuses
Avec 2 600 heures de soleil par an, l’Espagne dépasse largement la France (1 700 heures). Cet ensoleillement exceptionnel booste l’efficacité des panneaux solaires.
Le vent n’est pas en reste : les vitesses moyennes atteignent 7,5 m/s, contre 6,2 m/s en Allemagne. Des conditions parfaites pour l’éolien.
Répartition stratégique des infrastructures
Les régions comme l’Estrémadure (4 hab/km²) accueillent majoritairement les parcs. Une solution pour limiter l’artificialisation des sols.
Les communautés locales profitent de redevances, créant des partenariats gagnants. Un projet de smart grid Nord-Sud renforce aussi la stabilité du réseau.
Éolien vs solaire : qui domine le paysage ?
Le duel entre éolien et solaire façonne le paysage énergétique espagnol. En 2023, ces deux technologies ont fourni près de 40 % de l’électricité verte du pays. Mais laquelle prend l’avantage ?
L’éolien, leader incontesté depuis 2 ans
Avec 22,5 % de part dans le mix, l’énergie éolienne reste la reine. Les turbines Vestas, majoritairement fabriquées localement, équipent 80 % des parcs. Leur rendement atteint 45 % en zones venteuses comme la Galice.
Un projet offshore de 1,2 GW devrait renforcer cette domination d’ici 2025. « L’éolien terrestre reste notre pilier, mais l’offshore offre un potentiel inexploité », confirme un ingénieur d’Iberdrola.
Le solaire photovoltaïque, une montée en puissance rapide
Le solaire photovoltaïque a bondi à 15,1 % en 2023. Les panneaux Longi, plus efficaces en climat sec, captent 20 % de lumière supplémentaire. Le projet Sierra Brava teste des fermes flottantes, une première en Europe.
D’ici 2030, le solaire pourrait rattraper l’éolien avec 35 GW installés. Les régions comme l’Andalousie misent sur cette technologie pour créer des emplois locaux.
| Critère | Éolien | Solaire |
|---|---|---|
| Part du mix (2023) | 22,5 % | 15,1 % |
| Croissance annuelle | +8 % | +43 % |
| Technologie phare | Turbines Vestas | Panneaux Longi |
| Prévisions 2030 | 40 GW | 35 GW |
Ce tableau résume leur compétition. Chaque technologie a ses atouts, mais ensemble, elles propulsent l’Espagne vers ses objectifs verts.
Hydroélectricité et nucléaire : quelle place aujourd’hui ?
Si les énergies vertes volent la vedette, l’hydroélectricité et le nucléaire restent indispensables. En 2023, elles ont fourni près de 30 % de l’électricité totale, garantissant stabilité et flexibilité.

L’hydroélectricité résiste malgré les défis climatiques
Avec 31,07 TWh produits en 2023, l’hydroélectricité couvre 9,5 % du mix. La sécheresse de 2022 a réduit sa contribution de 12 %, mais des projets innovants relancent la dynamique.
Moderniser les barrages centenaires est une priorité. « Ces ouvrages stockent l’énergie excédentaire des renouvelables », explique un expert du ministère. Coût moyen : 45€/MWh, contre 60€ pour le nucléaire.
Le nucléaire maintient sa part à 20,3 %
Les centrales ont généré 56,87 TWh, une performance stable. Le débat sur leur prolongation au-delà de 40 ans fait rage, mais leur rôle de complément aux ENR intermittentes est reconnu.
- Stratégie gagnante : coupler nucléaire et renouvelables pour lisser la production.
- Investissements : 2,5 milliards d’euros pour moderniser les réacteurs d’ici 2027.
- Flexibilité : ajustement rapide pour compenser les variations solaires/éoliennes.
La baisse significative des énergies fossiles
Le déclin du gaz naturel et du charbon illustre la transition énergétique en marche. En 2023, leur part combinée est tombée à 18,8 %, contre 26 % en 2022. Une chute historique qui confirme l’essor des renouvelables.
Gaz naturel : -7 points en un an
Le gaz ne représente plus que 17,2 % du mix, contre 24,3 % en 2022. Les centrales thermiques se convertissent en unités de secours, comme à Castellón. « Le prix du CO2 a rendu le gaz moins compétitif », note un analyste.
Vers une sortie progressive du charbon
Seules 2 centrales à charbon restent actives sur 15. Le projet de stockage de CO2 en mer Cantabrique accélère cette sortie du charbon. Les anciennes mines, comme à Andorre, deviennent des parcs solaires.
| Énergie | Part en 2022 | Part en 2023 |
|---|---|---|
| Gaz naturel | 24,3 % | 17,2 % |
| Charbon | 1,9 % | 1,6 % |
| Total fossiles | 26,2 % | 18,8 % |
Cette transition crée des opportunités :
- Réhabilitation de 13 sites miniers en centrales vertes.
- Création de 2 000 emplois dans les régions touchées.
- Stratégie zéro émission d’ici 2040.
L’Espagne dans le peloton de tête européen
L’Europe voit émerger de nouveaux leaders en matière d’énergies propres. Si l’Espagne a franchi le cap des 50 % de renouvelables en 2023, elle n’est pas seule à progresser. Ses voisins montrent aussi des résultats impressionnants.
Comparaison avec le Portugal : 61 % d’ENR en 2023
Le Portugal devance légèrement l’Espagne avec 61 % d’électricité verte. Ce succès s’explique par son mix hydraulique et éolien, optimisé grâce au marché ibérique commun (MIBEL).
Les deux pays partagent leurs excédents, stabilisant ainsi leurs réseaux. Une collaboration gagnante pour la péninsule.
L’Allemagne dépasse aussi les 50 % de renouvelables
Outre-Rhin, les énergies vertes ont fourni 52 % du mix en 2023. Le pays vise 80 % d’ici 2030, contre 74 % pour l’Espagne. Une course stimulante pour l’Europe.
Les projets d’interconnexions renforcent cette dynamique :
- France-Espagne : 2,8 GW actuels, bientôt boostés par le câble HVDC Bay of Biscay (5 GW).
- Stratégie commune : alignement sur le Green Deal européen pour une transition harmonisée.
Ces avancées positionnent l’Espagne comme un acteur clé du mix énergétique continental. Une inspiration pour ses partenaires.
Transition écologique : les défis restants
La route vers une énergie 100 % renouvelable n’est pas sans embûches. Si l’Espagne a franchi un cap historique, elle doit encore résoudre des problèmes techniques et sociaux pour pérenniser sa transition.

Adapter le réseau aux énergies variables
Le solaire et l’éolien sont par nature intermittents. En 2023, les coûts pour compenser ces variations ont atteint 600 millions d’euros, contre 306 millions en 2020.
Pour y faire face, le pays mise sur :
- Un projet de stockage massif (10 GW de batteries prévus d’ici 2030).
- Le déploiement de 8 millions de smart meters 2.0 pour optimiser la consommation.
- L’innovation power-to-gas, comme à Mallorca avec l’hydrogène vert.
« Les réseaux intelligents sont la clé pour absorber les pics de production. »
Moderniser les infrastructures
La modernisation du réseau est urgente. Les lignes haute tension vieillissantes provoquent des tensions locales, notamment en Catalogne et en Andalousie.
Les solutions en cours :
| Projet | Objectif | Échéance |
|---|---|---|
| Formation des techniciens | 5 000 experts formés | 2025 |
| Nouvelles interconnexions | Réduire les pertes de 15 % | 2027 |
Ces efforts visent à créer un système plus résilient, capable d’intégrer toujours plus d’énergies propres.
Hydrogène vert : le prochain chantier espagnol
Après l’éolien et le solaire, place à l’hydrogène vert en Espagne. Le pays investit massivement dans cette technologie pour décarboner l’industrie et les transports. Un pari stratégique qui pourrait renforcer son leadership européen.
Objectif de 12 GW d’électrolyseurs d’ici 2030
L’Espagne vise à installer 12 GW de capacités d’électrolyse d’ici la fin de la décennie. Puertollano et Bilbao abriteront les premiers hubs, alimentés par des parcs solaires géants.
Des acteurs comme Repsol et Siemens Energy pilotent ces projets. « L’hydrogène vert complétera notre mix énergétique », explique un porte-parole du ministère.
Le projet H2Med avec la France
Le pipeline H2Med, reliant Barcelone à Marseille, symbolise cette ambition. Budget : 2,5 milliards d’euros, cofinancé par l’UE via le programme IPCEI Hy2Use.
Ce corridor permettra d’exporter vers l’Allemagne et les Pays-Bas. Une étape clé pour intégrer les marchés européens.
- Cartographie des hubs : Puertollano (solaire) et Bilbao (éolien offshore) en tête.
- Partenariats : Repsol mise sur 1,5 GW, Siemens Energy fournit les électrolyseurs.
- Subventions : 700 millions d’euros déjà accordés pour accélérer les innovations.
La France peut-elle s’inspirer de l’Espagne ?
Alors que l’Espagne célèbre ses 50 % d’énergies renouvelables, la France peine à dépasser les 25 %. Cette différence interroge sur les stratégies à adopter pour accélérer la transition verte. Les deux pays ont des approches distinctes, mais des leçons peuvent être tirées.
Un retard français souligné par Greenpeace
Dans son rapport de décembre 2023, Greenpeace pointe du doigt le retard français en matière d’énergies propres. La France accuse 15 ans de latence dans le déploiement des parcs solaires et éoliens.
Les causes principales :
- Des procédures administratives complexes (18 mois en moyenne contre 9 en Espagne)
- Un cadre réglementaire moins incitatif pour les petits producteurs
- La priorité historique donnée au modèle nucléaire
« La France doit tripler son rythme d’installation de renouvelables pour respecter ses engagements climatiques. »
Le nucléaire français : atout ou frein ?
Avec 62 % d’électricité d’origine nucléaire, la France présente un mix unique en Europe. Cette spécificité pose question :
| Critère | Espagne | France |
|---|---|---|
| Part du nucléaire | 19,9 % | 62 % |
| Investissements ENR (2023) | 8,7 milliards € | 5,2 milliards € |
| Délais moyens projets solaires | 9 mois | 18 mois |
L’ex-ministre espagnole Teresa Ribera souligne : « Nos pays doivent collaborer, pas s’opposer. Le nucléaire peut compléter les renouvelables lors des pics de demande. »
Un projet transpyrenéen de 3 GW est à l’étude pour connecter les réseaux. Une piste prometteuse pour mutualiser les forces des deux modèles énergétiques.
Conclusion : une transition en marche
Le cap des 50% marque un tournant décisif pour l’avenir énergétique. Entre 2018 et 2023, les investissements dans les parcs solaires et éoliens ont prouvé leur efficacité. Cette transition rapide montre qu’un modèle bas-carbone est possible à grande échelle.
Atteindre 81% d’énergies propres d’ici 2030 nécessitera des innovations technologiques et des partenariats transfrontaliers. Les entreprises françaises peuvent y contribuer via l’Union Énergétique Ibérique, notamment dans le stockage et les smart grids.
Cette dynamique ouvre la voie vers la neutralité carbone en 2050. Une leçon inspirante pour l’Europe, où chaque pays a un rôle à jouer dans cette mutation historique.
